YESTERDAY’S RING: Bluegrass et Rédempteur

Posted in Articles 2009, Entrevues avec des tags , , , on 10 décembre 2009 by stefanecampbell
Yesterday's Ring: Bluegrass et rédempteur
Stéfane Campbell
BANG BANG, décembre 2009

Yesterday’s Ring chante Noël. Sans blague. En fait, c’est un cadeau qu’ils s’offrent à eux – pour le plaisir de l’exercice – et au public qui les suit depuis bientôt dix ans. Avec quatre dates de concert dans différentes villes avant la naissance officielle du Christ, le combo de country/bluegrass remettra à chaque détenteur de billet une carte d’accès pour télécharger le EP de six pièces de Noël, dont deux originales. Esprit des fêtes, quand tu nous tiens. Hugo Mudie, leader du groupe, homme à tout faire dans la vie et ex-collabo du Bang Bang discute avec nous.

Précisons d’emblée que malgré le fait que le groupe ne soit plus considéré comme « le petit cousin » des Sainte Catherines, les aléas et autres engagements qui occupent chacun des membres concernés les obligent à opérer sous deux incarnations différentes. C’est donc avec le « line-up B » où « 3-4 membres sont remplacés parce que les autres ne peuvent se permettre de tourner » que le groupe montera sur les planches pour les quatre soirs de leur virée de Noël.

Et pourquoi diable noël? « Pour le fun tout simplement », répond Mudie, visiblement amusé par l’agacement de certains à l’égard du projet : « En fait, ceux qui suivent la carrière du groupe de près se souviennent peut-être du concert de Noel que l’on avait donné au Café Campus il y a quelques années… On a toujours voulu mettre les pièces sur disque, on n’avait juste jamais pris le temps de le faire avant […] Il n’y a pas eu de grosse réflexion vis-à-vis tout ça, disons que ça se prêtait bien au style de musique qu’on fait et c’est toujours le fun de visiter des classiques… La suite d’accords de « Minuit chrétien » est vraiment très belle quand tu t’y attardes. »

Et puis, pourquoi pas…

Du coup, « Yesterd’ » a profité du temps de studio pour enregistrer une dizaine de pièces connues en version acoustique qu’ils ont repiquées en vue d’une éventuelle compilation à venir en 2010. Tout cela en considérant aussi qu’un nouveau brulot des Sainte Catherines devrait aussi voir le jour l’an prochain. Décidément, ça ne chôme pas chez nos cowboys.

Relents de ruelle

Et tandis qu’on le tient au bout du fil (l’homme accorde rarement des entrevues), faisons un bref tour d’horizon. En plus des projets musicaux menés en simultané, le musicien s’est découvert des intérêts sur le plan promo du métier, en fondant L’écurie, agence de spectacle et tournée pour notamment The Dirty Tricks et Colin Moore.

Ce faisant, voilà que le blogueur (feu-Jet set de ruelle) refait surface sur la toile, à l’effigie de ses nouvelles fonctions, mais — fidèle à lui-même — avec toujours cette touche de vitriol qui le caractérise. En guise d’exemple : « J’y prend un malin plaisir à dire aux Ontariens que je veux me séparer du Canada et aussi un plaisir coquet à dire aux séparatistes que le Québec c’est un p’tit peuple de marde et que je tripe sur Winnipeg. Crisse. »

Touchant tout ça, mais encore.

Tu blogues depuis quelques années maintenant et tu ne te gênes pas pour frapper sur tout ce qui t’horripile; pourquoi ce besoin de tout livrer sur la place publique?

Je ne sais pas, c’est du théâtre. Par exemple, quand j’écoute la télé, je ne suis pus capable! Y’à personne qui va dire quoi que ce soit à propos de ça. S’il y avait d’autres gens qui le disaient, je ne sentirais probablement pas le besoin de la faire. Et puis ça se peut pas que le monde aime ça aussi. […] J’ai l’impression qu’au Québec, personne n’est vrai et que tout le monde se fait croire que tout est bon. Crisse, si j’écoute pas ça de l’osti de métal pis que je dis que c’est de la crisse de marde, c’est ça qui est ça. Pis si quelqu’un écrit que Hugo Mudie c’est un épais avec une grande gueule qui joue des tounes plates, c’est cool aussi… C’n’est pas une histoire de bons contre les méchants.

Tu dis à la fois détester ta génération tout en te faisant un malin plaisir de bénéficier de ses outils de diffusion…

Il y a trois ans de ça, je ne savais même pas c’était quoi un blogue. Ça m’apparaissait une série de niaiseries de hipsters qui parlent de leurs soirées dans les bars comme si c’était le bout’ de la marde. Je me suis dis que j’allais écrire des textes qui décrivent mon quotidien comme si c’était intéressant. Et il y a des gens qui ont embarqué! Et je me suis un peu pris au piège… Mais je suis un gars super plate : je ne sors jamais, je ne vois pas de shows, je ne fais rien, je suis vraiment plate. Disons que c’est ma façon de dire au monde que d’aller boire des drinks dans une place cool, ça ne vaut pas tous les blogues.

Tournée de Noël: vendredi le 11 décembre au Café Campus (Montréal), jeudi le 17 au Cercle (Québec), vendredi le 18 à la Boîte à bleuets d’Alma et le samedi 19 au Bunker de Chicoutimi.

myspace.com/yesterdaysringmtl

Sonic Avenues: Frénésie Pop!

Posted in Articles 2009, Entrevues avec des tags , , , , , , on 30 novembre 2009 by stefanecampbell

Sonic Avenues : Frénésie pop!

Sonic Avenues: Frénésie Pop!

Stéfane Campbell

BANG BANG, novembre 2009

Connus jusqu’ici par une poignée d’initiés – disons La Mecque du rock’n’roll PQ –, les quatre fêtards de Sonic Avenues s’apprêtent à changer la donne avec un premier album qui devrait élargir son auditoire. C’est du moins tout le mal qu’on leur souhaite. Garage sur le fond, pop et sucré sur la forme et résolument rock dans le rendu, les dix pièces qui se conjuguent en 27 minutes bien comptées ont tout ce qu’il faut pour séduire. Et bien que trois de ses membres soient issus de Sorel, la fraternité avec Malajube ou encore Mille Monarques se limite, selon le chanteur et guitariste Maxime Desharnais, au copinage de quartier plus que musical : « Mat Denoncourt était mon ancien voisin et on connaît les gars de Malajube, mais je ne crois pas qu’on ait beaucoup d’affinités sur le plan musical. » Cela dit, quand un groupe conjugue pop et punk avec autant de doigté, ça nous titille. Rencontrez Max, musicien et fan fini des Undertones.

Bien sûr, ce n’est pas sans une certaine fébrilité que les quatre jeunes musiciens qui œuvrent ensemble depuis trois ans présentent ledit gravé. Après une année et des poussières passées à concocter l’essentiel de ce qui s’y retrouve – « On s’y est mis à temps plein, sans faire de shows ou presque et on s’est calmé sur le côté party… » – c’est sous la tutelle de Clément Goulet (The Dears, Creature) que la formation commet une immersion totale de power-pop hyperactive et référentielle au possible : « Il a très vite compris où l’on voulait aller avec tout ça », affirme sans ambages Max, quant à la contribution de Goulet. Et de quoi en retourne-t-il au final? Pensez Buzzcocks, Barracudas ou encore The Undertones, ce sur quoi Desharnais s’enthousiasme : « Je suis content que tu dises ça, The Undertones sont définitivement dans mon top 3 de bands préférés à vie! ».

Dans l’garage…

Loin d’être plaqué, disons que le mandat n’est définitivement pas donné d’avance considérant la rachitique proportion de formations issues de la fleur de lys qui s’adonne au genre susmentionné. Ce qui ne semble toutefois pas embêter notre principal intéressé outre mesure : « On y va tout simplement avec ce que l’on écoute dans la vie. C’est vrai que c’est plus rare par chez nous, mais si tu te promènes un peu partout dans le monde, il y a des coins où la scène est ultra présente », répond celui qui s’est époumoné chez nos voisins du sud au cours de l’année passée et projette une tournée européenne au printemps 2010.

Et s’ils ont vite été taxés de garage sixties à leurs débuts, Desharnais croit bien que l’étiquette perdra quelques plumes à l’écoute de l’album lancé vendredi prochain : « Je suis très heureux de la direction qu’on prend sur l’album. On a été associé au mouvement sixties un peu à tort et on tend à s’en dissocier plus que jamais ici. Ça s’approche beaucoup plus du power pop abrasif et intense. »

C’est dans un élan de redécouverte que le musicien est tombé – à nouveau – sous le charme des groupes-formateurs du genre ici défendu : « C’est des bands que j’écoute depuis que je suis tout jeune, aux côtés des Ramones, Beatles, Stones et que, comme plusieurs gens, j’avais un peu laissé de côté avec le temps. Et c’est en jouant de la guitare et en commençant à chanter que j’ai tout ressorti et réentendu sous un angle complètement différent. » Et s’il estimait les consonances d’un point de vue d’auditeur dans un premier temps, c’est la sensibilité du musicien qui, aujourd’hui, parle d’une musique à priori assez unidimensionnelle, mais qui témoigne bel et bien d’un sens aguerri de la mélodie à son plus simple dénominateur : « du punk, c’est très simple, mais certains éléments-clés, comme les breakdowns, relèvent carrément du génie. »

On the road

C’est soutenu par un « single» et quelques démos à tirage très limité que Sonic Avenues a tout de même déjà réussi à franchir les frontières et aller s’épivarder aux États-Unis sur un parcours qui les a vus fouler les scènes de New York à Boston en plus de quelque autres grands centres. Et c’est de son arrivée dans la Grosse Pomme que le musicien garde le souvenir le plus mémorable : « On arrivait de Boston, on avait fait le gros party la veille, mais on voulait quand même tout donner ce soir-là, à New York (au Lit Lounge du Lower East Side pour tout dire). En arrivant, on syntonise la station rock’n’roll garage WFMU à qui on avait envoyé un “press kit” des plus basiques. Et en roulant dans NY, une de nos pièces commence à y jouer, c’était carrément surréaliste. »

Ainsi, le groupe présentera la nouvelle galette ce vendredi au Divan orange en plus d’y introduire deux nouvelles pièces qui se retrouveront probablement sur le prochain disque. En fait, lors de l’entretien, Desharnais s’affairait à fignoler l’une d’elles afin de la rendre à son goût pour vendredi. Boulimique de travail le monsieur? « Bah… On est un band de même, on fait un set de douze pièces. No matter what. Et on essaie de la changer le plus souvent possible, c’est notre façon de rester motivés. »

Lancement d’album au Divan Orange avec The Walnut Kids, Mother’s Children et DJ Mlle Bacon, vendredi le 27 novembre, 22h

sonicavenues.com

Photo: Gordon Ball

Valérie Jodoin-Keaton: Mémoire Affective

Posted in Articles 2009, Entrevues avec des tags , on 30 novembre 2009 by stefanecampbell

Valérie Jodoin-Keaton : Mémoire affective

Valérie Jodoin-Keaton: Mémoire Affective

Stéfane Campbell

BANG BANG, novembre 2009

Connue du public à titre de musicienne pour ses contributions au sein des groupes The Dears et, plus récemment, For Those About To Love, Valérie Jodoin-Keaton ajoute une corde à son arc en publiant ces jours-ci le livre Backstage. S’évertuant tout autant du côté de la photographie depuis plusieurs années (on lui doit notamment la fameuse pochette du dernier gravé de Mara Tremblay), voici que la jeune femme conjugue ses passions en nous présentant un recueil d’une cinquantaine de clichés mettant en scène un pan de la confrérie musicale tant locale qu’internationale. Présentés dans l’habitat naturel qu’est devenue pour eux la coulisse, les sujets sont donc immortalisés quelques instants avant ou après leurs performances, sans dentelles et dans un esprit de transparence qui s’offre au spectateur comme une brèche dans l’intime.

C’est donc dans les coulisses du Métropolis, où plusieurs desdites photos ont été réalisées que nous avons rencontré la jeune artiste. Pour une visite commentée de quelques « souvenirs de tournées ».

Cliché hot

En s’engouffrant au sous-sol où se trouvent les loges de la salle, nous arrivons dans une pièce centrale où bouteilles de champagne vides, quantité de bières, et autres restes de bouffes témoignent d’une veille achalandée : « c’est parfait comme ça », s’empresse de répondre la photographe à la jeune femme qui nous y entraîne et se confond en excuses pour l’état des lieux. Bien sûr, Jodoin-Keaton en a vu bien d’autres et regrette surtout d’avoir loupé le concert responsable de la veille (Peaches, pour tout vous dire). Une fois attablé et loquace sur les artistes côtoyés dans l’environnement présent, la photographe se remémore non sans enthousiasme ses rencontres avec Jack White (qui regardait les finales de la Coupe Stanley où s’y débattaient… les Red Wings de Detroit) ou encore celle, plus troublante, avec Catherine Ringer, quelques mois après le décès de Fred Chichin et qui avait accepté de se prêter à l’exercice le temps d’un seul clic…

Bref, la photographe tient à préciser que par-delà le strass de l’exercice, l’intérêt d’un projet commeBackstage tient surtout du devoir de mémoire : « J’ai toujours été attirée par le documentaire, par le côté sociologique et anthropologique du médium », nous dit la jeune artiste, aussi diplômée en histoire latino-américaine. Une fascination d’ailleurs mise de l’avant depuis ses premiers projets-photos réalisés auprès d’aveugles croqués sur le vif (Les Aveugles, 1999) ou encore cette série de clichés réalisée à la maison-mère des Sœurs Grises de Montréal (Les Sœurs Grises, 2001) qui nous plonge dans le quotidien d’une communauté recluse, voire oubliée. Un élément essentiel à la démarche de la jeune femme : « j’aime prendre le temps de me vouer à mes projets », laisse tomber celle qui aura passé quatre ans à se faufiler dans les coulisses.

Camera Obscura

Selon Roland Barthes, la photographie est une chose morte; une chose qui a été . L’instant capturé en photo est perdu pour toujours et reste fixé dans le temps. Du coup, l’image devient un code secret pour empêcher que cet instant ne quitte notre mémoire.En ce sens, en immortalisant l’instant d’avant ou d’après scène dans l’intimité de la coulisse, Valérie Jodoin-Keaton entraîne le spectateur vers l’essence même du médium : « C’est ce qui m’a permis de bien faire mon travail. Si je ne les avais pas photographiés à ce moment-là, les portraits n’auraient pas eu grand intérêt. Étant moi-même musicienne, je savais que je pouvais aller chercher dans ces moments spécifiques une émotion très particulière. C’est un moment où l’artiste est à la fois fort et vulnérable, il est concentré, fort : prêt à être montré. J’ai voulu aller à leur rencontre à ce moment précis. »

Du coup, la photographe s’imposait une discrétion, voire un effacement, lorsque près des artistes, question de ne pas déroger du rituel de coulisse propre à chacun : « C’est là que tu te retrouves seul, que tu t’isoles. Et c’est bien sûr un grand moment d’introspection », souligne celle qui dit avoir toujours été très attirée par les lieux clos. Au propre (Backstage) comme au figuré (Les Aveugles) : « C’est clairement le genre d’environnement qui m’inspire comme photographe. » Un lieu toutefois qui, dans ce cas-ci, est à la fois clos tout en étant l’espace partagé avec ses pairs : « sur le plan émotif, tu partages un lieu avec tous les artistes qui sont passés là. Il y a l’idée de la connexion entre tous les artistes, une uniformité de l’espace. Et je pense qu’on peut tous vivre un sentiment apparenté. Malgré les actions ou inactions qui y ont lieu, selon les cas. […] C’est une étude sur le rituel avant-après, sur comment vivre ce moment-là. »

Une intimité qui se veut tout autant un document d’archives pour la photographe/musicienne : « Il y a une partie de la musicienne en moi qui a voulu apporter sa contribution au monde du rock. Y contribuer par le biais de ma sensibilité visuelle. J’aimerais croire que le document aura un certain impact dans le monde du rock. Le public qui rencontre le monde de la coulisse. Et le choix des musiciens compte pour beaucoup : ce n’est pas Star Académie, ce sont des gens dont j’apprécie beaucoup le travail. La cohésion d’un à l’autre est très certainement la veine indépendante. Et le ton de l’ouvrage est tout sauf paparazzi, ce n’est pas dans la sensation. Ça devient un peu le témoignage d’une grande liberté artistique, de ce que c’est que d’être indépendant. » Des portraits, au final, qui sont profondément humains.

Backstage en librairies le 20 novembre aux Éditions Varia

Lancement 5 à 7 le 20 novembre dans le cadre de M pour Montréal à la chapelle historique du Bon-Pasteur.

valeriejodoinkeaton.com

photos: Valérie Jodoin-Keaton

BERNARD ADAMUS – Brun

Posted in Articles 2009, Critiques Disques on 12 novembre 2009 by stefanecampbell

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BERNARD ADAMUS – Brun

Grosse Boîte

Sans contredit l’ascension musicale de cette fin d’année, voici que Brun – premier album de Bernard Adamus qui piochait dur en indépendant jusqu’à tout récemment – connaît un second souffle grâce à notre Grosse Boîte bien aimée. Ceci suivant un prix de la chanson SOCAN pour sa pièce « La question à 100$ » devenue la chanson à 5000$. Voici donc une impressionnante concoction de blues aussi crasse que lancinant sur lequel s’évertue un trémolo typé et éraillé et qui débite des textes spirituels, tantôt ludiques, tantôt plus profonds tout en faisant preuve d’une réelle sensibilité littéraire. Sorte de Tom Waits à la sauce fleur de lys, Adamus réussit ici un gros coup. En découle une ambiance de taverne qui fleure bon le vice et le whisky. Et dans laquelle l’auteur-compositeur-interprète scrute les travers d’un monde un brin désenchanté mais bel et bien vivant. Un brun chaud et enveloppant, un brun couleur d’amour. En plus de quoi, on bonifie le tout d’une reprise en fin de parcours de « La foule » de Piaf qui, ma foi, devient quasi-candide, un pari tout de même risqué. Définitivement un gros coup de cœur. 4/5

PATRIK ET LES BRUTES – Toutes Les Filles Sont Folles De Moi

Posted in Articles 2009, Critiques Disques on 10 novembre 2009 by stefanecampbell

Le premier album de Patrik et les Brutes: Toutes les filles sont folles de moi

PATRIK ET LES BRUTES Toutes Les Filles Sont Folles De Moi

Spectra Musique

Après six ans à composer, recruter et adéquatement son projet, voici enfin le groupe dont rêvait depuis si longtemps la bête de scène Plastik Patrik. Certains se souviennent d’ailleurs les One976, premier groupe de l’androgyne individu qui faisait dans le garage bien ramassé mais, soyons francs, sans grand relief. Avec les Brutes, l’attente aura en ce sens été payante, Patrik nous revient en forme et en voix plus que jamais, et s’entiche les services de musiciens aguerris de la scène locale. De Sunny Duval (Breastfeeders) à la guitare à Vicky Martel (Vénus 3) aux claviers et chœurs, la cohésion musicale impressionne. Se résumant en onze pièces d’un rock dansant et gonflé de hooks qui font mouche la plupart du temps, des titres tels « J’ai peur de la mort », « Chez Candi » ou encore la pièce-titre s’enchaînent comme autant de bombes. Et bien que quelques moments plus génériques ponctuent le parcours (« La femme de ta vie »), on renoue avec plaisir avec l’un des showmen les plus colorés à s’égosiller de nos jours. 3.5/5

LOCOMOTIV!: LOURD DE SENS

Posted in Articles 2009, Entrevues avec des tags , , , , , , , on 9 novembre 2009 by stefanecampbell

Locomotiv! : Lourd de sens

LOCOMOTIV!: Lour de Sens

Stéfane Campbell

Bang Bang, novembre 2009

Lourd et hypnotique, le rock du groupe Locomotiv! s’alloue tous les détours pour concocter sa signature farouche. Flirtant avec un canevas progressif très ouvert où s’érige une mosaïque d’ingrédients musicaux aussi disparates que le parcours de chacun des quatre musiciens qui s’y côtoient, le dénominateur commun pourrait en être la puissance de charge : corrosive et assumée au possible. Le chanteur et guitariste Jérôme Turgeon ainsi que le bassiste Dan Villeneuve discutent avec nous.

En gros, nous avons devant nous un groupe qui se paie la traite. Fatigués de jongler avec les contraintes qui ont entravé leurs historiques de musicien respectifs, voici quatre jeunes hommes qui, sous peine de suffoquer, se permettent d’aller dans tous les sens. Villeneuve : « Souvent, durant les premiers mois où on se retrouvait, on se faisait des jams interminables, on montait des tounes de quinze minutes. On se disait que ça n’avait pas d’allure. » C’est donc unanimement réunis sous prétexte de se permettre tous les excès que ces quatre gars affichant des CVs impressionnants (400 Lapins, Danny Twang, Ily Morgane, Le mieux de la mort, Raid ainsi que plusieurs autres) matérialisent peu à peu la Locomotiv! : « On a déjà travaillé avec plein d’autres bands avant. Et on perd trop souvent de vue l’objectif premier qui est tout simplement la musique. Si on fait ça, ça ne passe pas : ça devient plate », résume Turgeon.

Sorte d’hybride rock-stoner-progressif, Villeneuve se surprend même de constater qu’en spectacle, « il y a des matantes qui nous trouvent pas pires! » Un constat d’autant plus étonnant compte tenu de l’espace alloué à l’improvisation. Ce sur quoi Turgeon corrobore : « C’est un gros party qui évolue constamment » En mal de mettre en mots le genre défendu, le jeune homme s’amuse : « Je dis souvent que ça oscille entre Black Sabbath et Miles Davis, c’est la façon la plus juste que j’ai trouvé pour définir le spectre. Mais bon, c’est évident qu’il y a un côté Led Zep, stoner qui en ressort très fort. C’est une ligne directrice. »

Et voilà que de ce chaos aujourd’hui plus organisé nous arrive un premier album, Marche, qui témoigne d’une réelle courtepointe d’influences, comme se plaisent à le dire nos principaux intéressés. Bien évidemment, l’enveloppe se situe à des lunes de la surenchère d’effets de studio qui pollue trop souvent le paysage. : « On a tapé live avec des peaks dins’ micros. C’est un peu brun, ce n’est pas trop poli pis on aime ça comme ça. »

De beaucoup porté sur le visuel suggéré par les gammes, le groupe pousse la référence jusqu’à carrément inclure lors de ses perfos live des projections vidéo complètement hallucinées et tout aussi corrosives, gracieuseté de Maryse Latulipe. « Elle fait définitivement partie du band aujourd’hui. On trouvait qu’il y avait beaucoup d’images dans notre musique, ça n’était que logique d’y donner cette extension. Et ça va dans toutes les directions tout comme nous. Un collage d’ombres chinoises, d’archives trash, etc. Maryse est une bidouilleuse, elle ramasse une foule de détails et joue par la suite avec ces contrastes. »

Sans tomber dans le parallèle trop boiteux, disons tout de même que Locomotiv! est au rock local ce que l’abstraction est à l’art visuel. Villeneuve renchérit : « Il y a probablement quelque chose de la déconstruction. Si on réfère à l’art abstrait, ce serait moins du Jackson Pollock que du Borduas. Il y a quelque chose de plus épuré au niveau musical. Je trouve qu’on simplifie les structures pour arriver à trois-quatre riffs très intenses, très appuyés. On ne passe même plus par les formules couplet-refrain-couplet… Plus on va, plus c’est unifié comme son. »

Lancement au Cheval Blanc, le 9 novembre, 20h.

myspace.com/Locomotivmtl

PLACARD MACBETH – CD/DVD

Posted in Articles 2009, Critiques Disques avec des tags , on 9 novembre 2009 by stefanecampbell

PLACARD MACBETH – Placard Macbeth

CD/DVD

Indica Records

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Dany Placard sait s’amuser dans la vie. Et il le fait cette fois-ci en revisitant son répertoire qui couvre les époques Plywood 3/4, Hudon-Placard (avec Carl-Éric Hudon) ou encore ses deux albums solo. Le musicien fait du coup appel à son complice depuis plusieurs années, Toots Macbeth, et repique la sélection d’une touche qui se veut référentielle aux années 20 et 30. Sans chichi et enregistré live, Placard dépouille la proposition à son plus simple dénominateur et mise sur le cœur des morceaux judicieusement choisis (« « Char rouge », « Les mains dans l’huile », « Anna ») en s’accompagnant pour la cause du banjo ou dobro de Macbeth. Évidemment, ceux qui apprécient déjà l’homme y trouveront ici leur compte. Pas certain toutefois qu’il s’attire de nouveaux auditeurs. Le DVD qui bonifie l’objet – et comprend trois pièces qui ne sont pas sur le CD – ajoute somme toute bien peu à l’expérience proposant le clair du temps un plan fixe tournée en vidéo et auquel on a voulu ajouter une esthétique « party de famille » qui s’avère, au final, statique et dénué d’intérêt. Si ce n’est de nous donner envie d’aller constater la chose en personne. À prendre comme le trou normand entre deux plats.

PATRIK ET LES BRUTES: Trash-À-Go-Go

Posted in Articles 2009, Entrevues avec des tags , on 3 novembre 2009 by stefanecampbell

Patrik et les Brutes : Trash-à-go-go

PATRIK ET LES BRUTES: Trash-À-Go-Go

Bang Bang, novembre 09

Après six ans à cogiter et piocher ferme, Plastik Patrik nous présente enfin son nouveau projet : Patrik et les Brutes. Six années qui auront été nécessaires à tout mettre en place afin que le personnage androgyne juge le concept abouti. Ça et, forcément, le temps de trouver l’appui nécessaire pour soutenir la locomotive. Aujourd’hui fin prêt à prendre d’assaut les devants de la scène, l’homme et ses brutes nous présentent Toutes Les Filles Sont Folles De Moi, première galette qui impose un rock amphétaminé, bourrée de «handclaps» et sur lequel il devient très difficile de ne pas céder le pas. Genèse d’une bombe.

Plastik Académie

En 2000, c’est au sein des One976 que Plastik Patrik émoustille le public montréalais. Une expérience pour le moins probante sur le plan de l’apprentissage en mode accéléré : « One976 incarnait tous les clichés rock’n’roll. C’était comme les pires biographies qu’on peut lire : il y avait le junkie, la princesse, le trop jeune et moi qui jouait à la mère avec tout ça. Cela dit, ça faisait des bons shows. » En revanche, lorsque le musicien repense au rock garage somme tout assez bancale alors proféré, le constat se fait un brin moins glorieux : « Les tounes n’étaient finalement pas si bonnes que ça. Tout le monde voulait y mettre son grain de sel et ça donnait une espèce de pizza all dressed un peu indigeste. […] Et sans les pétards, les paillettes pis moi qui cours partout, c’était franchement ordinaire », dit-il avant d’éclater de rire.

Une fois l’aventure One976 conclue, en 2003, il se met à l’ébauche des grandes lignes de ce qui deviendra Patrik et les Brutes. Visant quelque chose de plus peaufiné et cohésif musicalement, il commence le recrutement : « Au départ, j’avais le complexe du gars trop organisé. J’étais préparé aux dents et j’avais peur que ça ait l’air d’un projet corporate. »

C’est tout de même bien loin du modèle boys-band de recrutement et plutôt en quelques clics de Myspace qu’il joint Ryan Battistuzzi afin que celui-ci prête une oreille au démo. Vite convaincu, le duo s’affaire donc à plancher sur quelques pièces avec lesquelles Patrik séduira éventuellement Sunny Duval (oui, notre Sunny) de même que certains membres de Vénus 3 (maintenant Killing Venus) qu’il avait dans sa mire depuis un moment. En 2007, tout est bouclé, ne reste qu’à trouver le label qui soutiendra le tout. Le fun commence…

Bien sûr, en considérant l’ambigüité sexuelle mise de l’avant par le personnage central de la formation, disons que rien n’était donné d’avance : « Je suis sûr qu’à plusieurs reprises, ils ne savaient juste pas quoi me dire. J’ai tout entendu : manque d’énergie (?!!), impossible de mettre en marché, etc. Puis vint la rencontre avec son gérant Didier Morisseauno et, après trois ans de recherches, l’accueil à Spectra : « Je suis arrivé à la première rencontre avec les griffes sorties. J’étais exaspéré de me faire dire que je chantais du nez ou que j’avais trop l’air d’une fille… Et puis ça s’est tellement bien déroulé que j’avais de la difficulté à le croire. Ils ont écouté le démo et m’ont dit : ‘on achète’, je suis tombé à terre. »

La vie en brute

Les six années entre les deux projets ne se sont évidemment pas déroulées dans l’ombre, loin de là. Figure de proue du nightlife montréalais, c’est donc entre des soirées à performer dans les clubs ou encore à y déployer ses talents de DJ que l’homme de scène s’est immiscé dans le line-up permanent du supergroupe les Porn Flakes. Une union à priori relativement improbable : « ç’a été pour moi une école hallucinante. On s’entend qu’Éric Lapointe ou Lulu Hugues et moi, ce n’est pas un mariage évident. Mais quand tu les vois aller sur une scène comme ils le font – pratiquement sans répétition – c’est de la grande leçon de métier. Ils tiennent leur monde jusqu’à la toute fin. Et c’est là que j’ai appris à placer ma voix, à chanter plutôt que de crier. » Là en s’aidant de cinq années de cours de chant, devons-nous préciser : « Que ce soit de l’opéra, du reggae, du rap ou de l’hardcore, ça reste le même muscle. J’ai donc pris des cours où je chantais des classiques italiens ! »

Une formation dont il a senti tout le coffre acquis pour la première fois en compagnie d’une idole d’enfance avec qui il a partagé la scène, Cyndi Lauper : « C’était lors de son passage au Metropolis il y a quelques années, un journaliste montréalais lui avait dit que One976 avait repris « She bop » et elle a voulu la faire en duo avec moi. C’était un des plus grands moments de ma vie. En plus de quoi elle a voulu faire « La vie en rose » en duo où elle m’a laissé toute la place sur scène. J’hallucinais carrément! »

Un intermède qui débouche ici, maintenant, sur les Brutes : « C’est avant tout du rock qui punch. Je mise beaucoup sur les petites chansons coup-de-poing. C’était déjà installé avec One-976 mais, cette fois-ci, on a des vraies tounes – elles sont vraiment meilleures. Au total, on a dû travailler quelque soixante-quinze chansons pour en arriver aux onze pièces de l’album. » Un travail de moine – en g-string.

Aussi, le visuel étant pratiquement le catalyseur de toute la démarche, un clip officiel vient de bondir sur les écrans pour la pièce « Chez Candi ». Un concept de faux talk-show japonais où performe le groupe précédé d’une entrevue un brin surréaliste avec un animateur complètement dépassé par l’individu (Patrik) à qui il doit s’adresser : « L’idée est venue du festival Mode Et Design où j’ai performé l’été dernier. Après le show, j’ai eu une espèce de marre de Japonais qui prenaient des photos de moi avec des caméras miniatures. C’était un peu twilight zone. En fouillant, j’ai retrouvé des clips de « Star Of The Week », une émission japonaise des années 80 qui accueillait Motley Crue ou Cinderella qui avaient carrément l’air de bibittes dans un studio de carton. On a voulu s’amuser avec. »

Album en magasin le 10 novembre. Lancement à la SAT, le 19 novembre.

myspace.com/patriketlesbrutes

Photo: Étienne Dicaire

PRIESTESS – Prior to The Fire

Posted in Articles 2009, Critiques Disques avec des tags , on 1 novembre 2009 by stefanecampbell

Cover_PRIESTESS

PRIESTESS – Prior To The Fire

Indica Records/Red Ink

Quatre années auront été nécessaires avant d’enfin pouvoir se mettre en bouche le successeur de Hello Master qui a catapulté le groupe bien de chez nous dans l’arène des grands. Entre des pièces qui se retrouvent tantôt sur les grandes chaînes américaines, tantôt au cinéma, si ce n’est dans ton Guitar Hero. En plus d’avoir partagé la scène avec Motley Crue, Megadeth et Mastodon pour ne nommer que ceux-ci. Voici donc que nous arrive la suite des choses. À priori, les onze pièces réunies sur Prior To The Fire ne déstabiliseront pas les fans de la première heure. D’autant plus que la plupart d’entre elles ont été entendues au cours des deux dernières années lors des prestations live du groupe. Qu’à cela ne tienne, en optant pour une approche directe et décomplexée sur le plan de la réalisation – merci Dave Shiffman (Johnny Cash, NIN, Mars Volta) – on nous catapulte des riffs gros comme ça qui nous rappellent toute la puissance de frappe dont le groupe sait faire preuve. Rien de bien complexe sur le plan technique – loin des prouesses soûlantes trop souvent mises de l’avant par certains confrères – mais une justesse de ton soutenue par des mélodies et une touche juste assez thrash qui résulte en un ensemble compact, dense et cohérent au possible. Définitivement, l’attente en aura ici valu la chandelle. Welcome back ! 4/5

LES CONARDS À L’ORANGE – Le Pied

Posted in Articles 2009, Critiques Disques on 30 octobre 2009 by stefanecampbell

 

LES CONARDS À L’ORANGE – Le Pied

Indépendant

D’entrée de jeu, mentionnons la citation au dos du livret : « On chie dans l’eau potable et pis on se torche avec les arbres » tirés de la pièce « Le numéro de ta sœur ». En ces quelques mots s’expose toute la nuance du propos qui parcoure l’essentiel du deuxième gravé des sherbrookois Les Conards À L’Orange. Et malgré quelques essais vers un discours qui se veut plus substantiel – « Utopiste assis », « Mon conditionnement social » –, le ton d’ensemble qui dépasse rarement le relent de fougue adolescente convainc à moitié. Cela dit, sur le fond, on soutient tout de même solidement la tension à grands coups de garage-punk aux accents ska mis bien de l’avant. Clairement, nous avons ici affaire à cinq musiciens bien ferrés et qui, malgré quelques changements de personnels au CV, font preuve d’une acuité d’exécution et d’un aplomb très justement canalisé. Un band de party décomplexé et qui n’a d’autre prétention que de foutre le bordel là où l’on y invite. 3/5